Quatre mains pour écouter le corps
- Betty Shiatsu
- 27 mai
- 5 min de lecture
Shiatsu et ostéopathie : deux pratiques, une même attention
Il y a des rencontres professionnelles qui changent la façon dont on voit son propre travail. Ma rencontre avec Chloé Hallais Queran en fait partie.

Chloé est ostéopathe exclusive, diplômée de l'école IdHEO de Nantes en 2012. Elle y enseigne depuis quatorze ans, sur la sphère viscérale abdomino-pelvienne. Ce n'est pas seulement quelqu'un à qui j'envoie des patients — c'est quelqu'un qui me reçoit aussi sur sa table, et qui m'a appris à mieux comprendre l'anatomie humaine. Chaque séance chez elle est une leçon de précision, et une façon de coupler ce que je perçois en médecine chinoise avec ce que le corps dit sur le plan structurel.
Cet article est né de nos échanges. Une tentative de mettre des mots sur ce qui se passe quand deux pratiques se croisent avec soin, curiosité, et un respect mutuel qui ne s'est jamais eu à construire.
Deux langues pour lire le même corps
L'ostéopathie et le shiatsu ne parlent pas le même langage. L'une raisonne en termes de mobilité tissulaire, de fascias, de chaînes lésionnelles. L'autre travaille avec les méridiens, la circulation du Ki, les organes selon la médecine traditionnelle chinoise. On pourrait croire que tout nous sépare.
Et pourtant. Chloé l'a bien dit quand je lui ai posé la question :
Chloé Hallais Querran
Bien que les concepts ostéopathiques soient différents de ceux du shiatsu, on peut faire de nombreux parallèles entre ces deux pratiques. Elles sont très complémentaires car nous travaillons sur des systèmes différents mais tout aussi importants dans notre vision de la globalité du patient.
Ce mot — globalité — revient souvent dans nos échanges. C'est peut-être là que tout se rejoint : ni elle ni moi ne regardons un symptôme isolé. Nous cherchons toutes les deux à comprendre ce que le corps dit dans son ensemble, même si nos grilles de lecture sont différentes.
Et cette différence, plutôt que de nous éloigner, est devenue une ressource. Grâce à Chloé, j'ai appris à mieux identifier ce qui relève d'un blocage structurel — quelque chose que mes mains perçoivent en shiatsu mais que je ne saurais pas nommer avec la précision qu'elle a. Grâce à nos échanges, je sais mieux quand orienter, et pourquoi.
Savoir quand passer le relais
L'une des choses que j'admire chez Chloé, c'est sa capacité à lire ce qui dépasse son seul registre. Quand elle oriente quelqu'un vers moi, ce n'est pas par défaut — c'est parce qu'elle a identifié quelque chose de précis.
Chloé Hallais Querran
J'oriente les patients vers le shiatsu quand je note des difficultés à exprimer leurs symptômes, des douleurs qui ne sont pas forcément en lien avec un trouble fonctionnel physique, des troubles anxieux, un stress important, un syndrome d'épuisement type burn-out, des troubles du sommeil, des douleurs inflammatoires limitant la prise en charge en ostéopathie, des symptômes digestifs ou pelviens nécessitant un soin plus approfondi... Il y a aussi certains patients pour lesquels il n'y a pas forcément de douleurs ou de symptômes, mais plus la nécessité d'une prise en charge complémentaire ou différente.
Ce que cette liste dit, c'est que le shiatsu est souvent convoqué là où le corps résiste à une approche uniquement structurelle. Là où quelque chose de plus diffus, de plus émotionnel, demande à être accompagné différemment.
De mon côté, je n'hésite pas à envoyer certains de mes patients à Chloé lorsque je sens que le blocage est structurel. Il y a des tensions que mes mains perçoivent sans pouvoir les résoudre — quelque chose qui tient de la mécanique pure, de la posture, d'une restriction que l'ostéopathie saura traiter avec une précision que je n'ai pas. Ce n'est pas une limite dont j'ai honte. C'est simplement savoir ce qu'on fait — et ce qu'on ne fait pas.
Ce que les personnes ressentent
Nous avons toutes les deux remarqué quelque chose : les personnes qui reçoivent les deux accompagnements le vivent souvent comme une évidence, même sans avoir cherché à les combiner. Comme si le corps trouvait naturellement ce dont il avait besoin.
Chloé Hallais Querran
La plupart du temps, les patients l'expriment d'eux-mêmes, dès leur première séance de shiatsu : curiosité, intégration de nouvelles connaissances, meilleure compréhension de leurs symptômes, amélioration de leur qualité de vie. Certains ne ressentent pas tout de suite les bénéfices des soins, mais ils sont dans le souhait d'aller mieux et de poursuivre.
Ce retour spontané dit quelque chose d'important. La complémentarité ne se décrète pas — elle se vit, dans le corps, à son rythme. Et ce rythme, nous essayons toutes les deux de le respecter plutôt que de l'accélérer.
Une collaboration qui ne ressemble pas à un protocole
Nous ne travaillons pas selon un cadre défini, ni un protocole commun. Nos échanges sont souvent informels — un message, une observation partagée, parfois une question sur un patient qu'on accompagne toutes les deux.
Chloé a une façon de le dire qui me touche :
Chloé Hallais Querran
De loin, l'une des plus belles rencontres professionnelles et personnelles que j'aie eues depuis le début de ma carrière. Ce qui rend cette collaboration si fluide, c'est certainement nos échanges et notre désir de partager nos connaissances. Nous nous respectons, sans jugement, sans chercher à prendre la place de l'autre. Le respect est intuitif, chacune développant son travail dans son champ de compétence et avec pour objectif principal le mieux-être de nos patients.
Ce que j'ajouterais à cela : nous allons aussi recevoir des soins l'une de l'autre. Ce n'est pas anodin. Être sur la table de Chloé, c'est apprendre avec mon propre corps ce que l'ostéopathie fait — comment elle perçoit, comment elle libère. C'est une forme d'échange qui va bien au-delà des mots.
Le bon rythme, pas l'accumulation
Une question revient souvent : est-ce que faire les deux en même temps, c'est mieux ? La réponse courte est non — ou en tout cas, pas automatiquement.
Chloé Hallais Querran
Il est essentiel d'espacer les séances afin que le corps intègre les soins, pour que le patient ait le temps de récupérer et de ressentir les changements physiques. Comme pour tout traitement, il ne faut pas vouloir en faire trop — et il faut accompagner le patient pour qu'il accepte qu'une seule séance ne lui permettra pas de tout soigner.
C'est quelque chose que je partage entièrement. Le corps a besoin de temps pour intégrer. Deux accompagnements bienveillants ne font pas deux fois plus d'effet — ils peuvent, au bon moment et au bon rythme, se soutenir l'un l'autre. Mais l'intention reste la même : accompagner, pas accélérer.
Ce que cette rencontre a changé
Depuis que je connais Chloé, je comprends mieux certaines tensions que je perçois sous les mains. Je sais mieux nommer ce qui relève de la structure, ce qui relève de l'énergie, et où les deux se croisent. L'anatomie humaine, que j'abordais surtout par le prisme de la MTC, est devenue une alliée plus précise.
Et elle, de son côté :
Chloé Hallais Querran
Ma pratique ostéopathique a évolué depuis notre rencontre. La découverte du shiatsu et nos nombreux échanges m'ont permis d'intégrer de nouvelles visions du corps, d'autres façons de pratiquer et de prendre soin des patients. J'étais déjà convaincue que les expressions douloureuses n'étaient pas que des troubles physiques — je le suis d'autant plus depuis notre collaboration !
Ce qui se passe entre nos deux pratiques, c'est peut-être cela : non pas une fusion, mais un élargissement. Chacune reste dans son espace, avec ses outils, sa formation, ses limites. Mais quelque chose circule entre nous — une curiosité partagée pour ce que le corps dit, et une confiance dans le fait que l'autre l'entend aussi, différemment.
C'est ça, pour moi, prendre soin à plusieurs mains.
La praticienne :
Chloé Hallais Querran — Ostéopathe exclusive, diplômée d'IdHEO Nantes en 2012, enseignante en sphère viscérale abdomino-pelvienne.

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