Stress, émotions et douleurs : ce que le corps essaie de dire
Comment le shiatsu invite à l'écoute du corps

Certaines personnes viennent me voir pour des insomnies, des douleurs, des troubles digestifs ou une fatigue persistante. Elles ne viennent pas forcément parler de leurs émotions. Parfois même, elles ont appris à ne plus vraiment les écouter.
Elles savent ce qu’elles doivent faire, ce que l’on attend d’elles, ce qu’il faut gérer. Elles prennent soin des autres, avancent malgré la fatigue, retiennent leur colère, repoussent leur tristesse. Et lorsqu’elles pensent à elles, une petite voix leur rappelle souvent qu’elles pourraient faire davantage.
Au fil du temps, ces manières de fonctionner peuvent devenir tellement familières qu’il devient difficile de distinguer ce que l’on ressent de ce que l’on s’impose.
Le corps, un autre langage
Notre corps ne parle pas nécessairement avec des mots. Il peut se manifester par une tension, une respiration qui se raccourcit, un ventre qui se noue, une fatigue que l’on ne reconnaît plus.
Cela ne signifie pas qu’une douleur possède automatiquement une signification émotionnelle, ni qu’un organe « contient » une émotion particulière. Le corps est bien plus complexe que cela.
Mais il peut nous inviter à nous poser certaines questions : qu’est-ce que je retiens ? Qu’est-ce que je ne m’autorise pas ? De quoi ai-je besoin et que je n’écoute plus ?
Cette manière de regarder le corps rejoint profondément ma pratique et la vision de la Médecine Traditionnelle Chinoise, dans laquelle le corps et l’esprit ne sont pas pensés comme deux mondes séparés.
Quand ressentir devient difficile
Il arrive que la colère fasse peur. Que la tristesse soit immédiatement contenue. Que se reposer provoque de la culpabilité. Que dire non semble presque impossible.
Pour certaines personnes, prendre conscience de leurs émotions est déjà un bouleversement. Elles découvrent qu’elles sont fatiguées, qu’elles ont besoin de temps pour elles, qu’elles sont en colère ou qu’une tristesse était là depuis longtemps.
Et parfois, ce qui fait peur n’est pas seulement l’émotion elle-même. C’est ce qu’elle pourrait changer.
Car lorsque l’on a passé beaucoup de temps à prendre soin des autres, à être raisonnable, disponible ou à « bien faire », commencer à écouter ses propres besoins peut demander un véritable réapprentissage.
Le shiatsu : un espace pour revenir à soi
C’est là que le toucher peut avoir sa place.
Pendant une séance, il n’y a rien à réussir. On peut s’arrêter, respirer, sentir. Le corps devient quelque chose que l’on écoute plutôt que quelque chose que l’on pousse à continuer.
Je ne cherche pas à faire sortir une émotion cachée et je n’interprète pas une tension à la place de la personne. Mais le toucher peut parfois permettre de retrouver une sensation, une respiration, une présence à soi.
Une émotion peut apparaître. Ou pas.
L’essentiel n’est pas de provoquer quelque chose, mais de laisser un espace où ce qui est là peut éventuellement être ressenti.
Le Chi Nei Tsang m’amène particulièrement à cette réflexion autour du ventre. Nous connaissons tous cette sensation de « boule au ventre », de ventre noué ou d’estomac serré lorsque quelque chose nous atteint. Sans réduire le fonctionnement digestif à nos émotions, cette région peut devenir un lieu privilégié pour retrouver ses sensations et son écoute intérieure.
Peut-être que prendre soin de soi ne consiste pas toujours à faire disparaître ce que l’on ressent.
Peut-être que, parfois, le premier pas est simplement de pouvoir se dire : j’ai le droit d’être fatigué, j’ai le droit d’être en colère, j’ai le droit d’être triste.
Et de découvrir, peu à peu, ce que cela change lorsque l’on commence enfin à s’écouter.




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