Prendre soin à plusieurs mains
- Betty Shiatsu
- 23 juin
- 4 min de lecture
Entre mémoire du corps et travail thérapeutique
Lorsque j'ai proposé à Lisa Brunelière de participer à cette série d'articles, je me suis demandé à quel moment nous avions réellement commencé à travailler ensemble.

En y réfléchissant, je crois que cela a commencé bien avant les premiers accompagnements communs.
Une rencontre avant une collaboration
Au fil de nos discussions, nous avons beaucoup parlé de nos pratiques respectives, bien sûr, mais aussi de sujets plus larges : notre vision de l'accompagnement, la place du cadre thérapeutique, certaines expériences de vie, les questions qui nous traversent dans nos métiers, ou encore les situations qui nous mettent parfois en réflexion.
Petit à petit, nous avons découvert de nombreux points de convergence.
Non pas dans nos outils ou nos formations, qui sont très différents, mais dans notre manière d'être auprès des personnes que nous accompagnons. L'importance du consentement. Le respect du rythme de chacun. L'attention portée au sentiment de sécurité. La conviction que certaines prises de conscience ne peuvent être forcées et que l'on ne peut accompagner quelqu'un qu'à l'endroit où il se trouve réellement.
C'est sur cette base que nous avons commencé à nous adresser certaines personnes.
La collaboration est venue ensuite. Et avec elle, la confirmation de quelque chose que nous pressentions déjà : dans certaines situations, nos approches peuvent se répondre avec beaucoup de justesse.
Psychologue et psychothérapeute depuis plus de treize ans, Lisa est formée à la thérapie LI-ICV (Intégration du Cycle de la Vie), une approche particulièrement utilisée dans l'accompagnement des personnes ayant vécu des expériences difficiles ou traumatiques.
Quand comprendre ne suffit plus
Très tôt dans nos échanges, nous nous sommes retrouvées autour d'une même observation : comprendre une situation ne suffit pas toujours à la transformer.
Comme l'explique Lisa :
« Lorsque les personnes arrivent en m'expliquant qu'elles comprennent leur fonctionnement et leur histoire, mais que malgré tout, des comportements, émotions ou réactions continuent de s'activer de manière disproportionnée face à des situations du présent, il est essentiel pour moi de pouvoir prendre en compte le corps et de le considérer comme un guide en thérapie. »
Cette phrase résonne particulièrement avec ce que j'observe en shiatsu.
Certaines personnes arrivent avec une compréhension très fine de ce qu'elles vivent. Elles ont déjà beaucoup réfléchi, parfois entrepris un important travail thérapeutique. Pourtant, quelque chose continue à se manifester dans le corps : une tension permanente, une difficulté à se relâcher, une hypervigilance, ou simplement le sentiment que quelque chose reste bloqué malgré tous les efforts entrepris.
À l'inverse, il arrive aussi que le corps exprime quelque chose avant même que les mots ne soient disponibles. Une émotion surgit sans raison apparente. Une douleur revient régulièrement. Une réaction semble disproportionnée à la situation présente sans que la personne comprenne vraiment pourquoi.
C'est souvent dans ces zones-là que nos pratiques peuvent se rencontrer.
Quand nos pratiques se rencontrent
Au cours des dernières années, nous avons notamment accompagné ensemble une même personne pendant plusieurs mois, en alternant nos séances.
Avec son accord, nous avons pu échanger ponctuellement afin de maintenir une cohérence dans son accompagnement.
En revenant sur cette expérience, Lisa m'écrivait :
« Dans le cadre d'un suivi thérapeutique où la pratique de l'ICV s'avérait difficile à mettre en place, nous avons proposé un co-suivi sur plusieurs mois. Cela a permis d'avoir un espace sécurisant où l'écoute du corps pouvait se faire. Ensuite, lors de nos séances, des choses ont pu être verbalisées plus facilement, notamment parce que la personne avait davantage accès à ses émotions et à ses sensations. »
Ce témoignage illustre bien ce que nous avons observé : non pas une accélération du processus, mais une forme de fluidité retrouvée.
Là où certaines situations semblaient figées, quelque chose recommençait à circuler.
Lisa a également remarqué que certains moments de blocage pouvaient évoluer lorsque la personne retrouvait un lien plus direct avec ses sensations corporelles :
« J'ai pu observer que les moments de "nœuds" en thérapie, lorsque la personne comprend mais n'arrive pas à faire autrement, les séances corporelles comme le shiatsu ont permis de remettre du mouvement. Le fait d'être touchée, de sentir ses limites corporelles de manière plus claire, d'avoir un espace où le mental ralentit pour laisser place au rythme du corps. »
La sécurité comme fondation commune
Au fil de nos échanges, une autre évidence s'est imposée : dans certaines situations, la manière d'accompagner compte autant que l'outil utilisé.
Lisa évoque souvent l'importance du consentement, du respect du rythme de la personne et du sentiment de sécurité nécessaire pour qu'un travail en profondeur puisse avoir lieu.
Ce sont des valeurs que nous partageons et qui ont largement contribué à construire notre confiance mutuelle.
« Le consentement et le respect du rythme de la personne font partie des bases essentielles de notre approche. »
Je crois que c'est aussi pour cette raison que nous pensons parfois l'une à l'autre lorsqu'une situation le nécessite.
Non parce que nos pratiques se ressemblent.
Mais parce qu'elles reposent sur des fondations communes.
Deux regards, une même attention
Cette collaboration continue aujourd'hui de nourrir ma réflexion. Nos échanges me permettent régulièrement de porter un regard différent sur certaines situations et me rappellent combien le corps et la parole sont intimement liés.
Parfois, les mots ouvrent un chemin que le corps suivra plus tard.
Parfois, c'est le corps qui montre la voie avant que les mots n'arrivent.
Et il arrive aussi que les deux avancent ensemble.
La praticienne :
Lisa Brunelière : Psychologue et psychothérapeute, à Nantes formée à la thérapie LI-ICV (Intégration du Cycle de la Vie)




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